Des troupes russes sont en Crimée, le Kremlin se justifie

 1 MARS 2014 À 09:36
Des hommes armés prennent position autour du parlement régional à Simferopol, le 1er mars. (© David Mdzinarishvili / Reuters)

Moscou assure répondre à la demande du nouveau Premier ministre de cette péninsule ukrainienne. Kiev évoqué une «invasion armée» russe.

 

La Russie ne va pas ignorer la demande d’aide adressée au président Vladimir Poutine par le nouveau Premier ministre de Crimée, a indiqué samedi le Kremlin. «La Russie ne va pas ignorer cette demande», a déclaré un responsable de l’administration présidentielle russe à l’agence Ria Novosti, sans autre précisions.

Le nouveau Premier ministre de la péninsule de Crimée, Sergiï Aksionov, avait appelé auparavant Poutine à aider à restaurer «la paix et le calme» en Crimée.

Des témoins ont signalé vendredi soir des mouvements de transports de troupes blindés, sur la route entre Sébastopol et Simféropol, la capitale de la république autonome de Crimée, ainsi que l’atterrissage de plusieurs avions-cargo militaires dans un aéroport militaire près de Simféropol. Des transports de troupes que notre journaliste Sébastien Gobert a identifié comme étant des transports russes.

Par ailleurs, une dizaine de militaires armés, aux uniformes dépourvus de tout signe distinctif ont patrouillé vendredi toute la journée à l’extérieur de l’aéroport de Simféropol, selon des journalistes de l’AFP.

Dans le centre de Simféropol, le Parlement local reste contrôlé par plusieurs dizaines d’hommes armés pro-russes, qui ont hissé jeudi le drapeau russe sur son toit. Les députés ont limogé le gouvernement local et voté la tenue d’un référendum pour plus d’«autonomie» le 25 mai, le jour même choisi par Kiev pour organiser une présidentielle anticipée.

Les autorités ukrainiennes ont évoqué une «invasion armée» russe, ces mystérieux militaires à l’aéroport de Simféropol «ne dissimulant pas leur appartenance aux forces armées russes», selon le ministre de l’Intérieur par intérim Arsen Avakov.

Le président américain Barack Obama a mis en garde Moscou contre toute «intervention militaire» en Ukraine. Il s’est déclaré «profondément inquiet au sujet d’informations sur des mouvements de troupes entrepris par la fédération russe en Ukraine». «Les Etats-Unis seront solidaires de la communauté internationale pour souligner qu’il y aura un coût à toute intervention militaire en Ukraine», a-t-il lancé en mettant en garde à Moscou.

Selon un responsable du Pentagone, «plusieurs centaines de soldats» russes avaient été déployés en Crimée, où est basée la flotte de la Russie. Les autorités ukrainiennes de transition estiment elles que 2.000 militaires russes ont été aérotransportés sur un aéroport militaire près de Simféropol, la capitale de cette région russophone du sud de l’Ukraine, qui abrite la flotte russe de la mer Noire.

Barack Obama pourrait renoncer à participer au sommet du G8 prévu en juin à Sotchi (Russie) en raison de la gravité de la situation, a affirmé sous couvert d’anonymat un haut responsable américain.

Une «agression» selon Kiev

Pour le nouveau gouvernement ukrainien, qui doit se réunir samedi pour son premier conseil des ministres, la présence de troupes russes en Ukraine est une «agression non dissimulée», d’après les mots du président par intérim Olexandre Tourtchinov.

La Crimée faisait partie de la Russie sous l’URSS et n’a été rattachée à l’Ukraine qu’en 1954. Profondément pro-russe et majoritairement russophone, elle a connu au cours des derniers jours une escalade des tensions séparatistes liée à la destitution à Kiev du président Viktor Ianoukovitch, à l’issue de trois mois de contestation populaire et après des affrontements qui ont coûté la vie à 82 personnes en trois jours.

Réapparition de Ianoukovitch –

C’est dans ce contexte de plus en plus tendu que le président déchu Viktor Ianoukovitch, recherché en Ukraine pour «meurtres de masse» après la répression de la contestation qui a fait 82 morts, dont une quinzaine de policiers, à Kiev la semaine dernière, a refait surface vendredi à Rostov-sur-le-Don en Russie.

«Je suis le président légitime de l’Ukraine», a affirmé celui qui a aussi promis de «poursuivre la lutte pour l’avenir de l’Ukraine» au cours de sa première apparition en public depuis sa destitution.

Ianoukovitch, qui a déclaré avoir été contraint de quitter l’Ukraine après des menaces sur sa vie, a reçu la «protection» de la Russie face aux «extrémistes» et n’a pas reconnu les nouvelles autorités de Kiev, qui ont lancé une procédure pour obtenir son extradition.

«Ianoukovitch a perdu toute légitimité puisqu’il a failli à ses responsabilités. Il a quitté l’Ukraine», ont estimé les Etats-Unis après la conférence de presse du président destitué.

L’Occident inquiet –

A la sortie vendredi d’une réunion à huis clos du Conseil de sécurité de l’ONU, l’ambassadrice américaine à l’ONU a annoncé que les Etats-Unis demandait l’envoi d’urgence d’une «mission internationale de médiation», «indépendante et crédible» en Crimée «pour commencer à faire baisser la tension» dans la région. L’ambassadeur russe Vitali Tchourkine a de son côté immédiatement répondu que Moscou avait «pour principe de ne pas accepter les médiations imposées», ajoutant cependant que si les autorités régionales de Crimée étaient d’accord, il n’y voyait pas d’inconvénient.

Les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la Russie se sont portés garants de l’indépendance de l’Ukraine dans le Mémorandum de Budapest, signé en 1994, en échange de son renoncement aux armes nucléaires après la chute de l’Union soviétique dont elle faisait partie.

Les preuves de soutien au nouveau gouvernement ukrainien continuaient d’affluer vendredi. Ainsi, la chancelière allemande Angela Merkel a assuré le nouveau Premier ministre ukrainien Arseni Iatseniouk de son soutien, tandis que l’Autriche et la Suisse ont annoncé avoir gelé les avoirs d’une série de ressortissants ukrainiens à la demande du pouvoir de transition à Kiev.

La directrice générale du Fonds monétaire international, Christine Lagarde, s’est par ailleurs voulue rassurante quant à la santé de l’économie ukrainienne, que beaucoup voient au bord de la banqueroute.

«Nous ne voyons rien d’alarmant, rien qui mérite de paniquer pour le moment», a-t-elle déclaré à Washington, appelant les autorités ukrainiennes à se garder d’évoquer des montants d’aide qui «n’ont pas de sens».

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