Kabylie

De Tizi-Ouzou, Saïd Tissegouine

 

 
 

 

En l’absence d’une réelle politique culturelle et par faute des médias, lourds notamment, qui ont permis accès, sur tapis rouge, à leurs plateaux à ces histrions, fossoyeurs de l’art, la chanson et la musique kabyles à leur niveau le plus bas de leur histoire.

04/03/2014 – 00:15 mis a jour le 03/03/2014 – 20:49 parSaïd Tissegouine
 

 

Après les Abranis, Idir, Djamel Allam, Ferhat M’henni et tant d’autres qui ont révolutionné la chanson kabyle en ce début de la décennie 1970 en lui apportant un nouveau style musical et de nouveau textes, voilà encore une nouvelle vague d’artistes, tels que Ali Amrane, Zaïne, Kamel Syamour arrivent sur le terrain, avec naturellement dans leur sac, avec une forme lexicale tant musicale que parolière.

Cette troisième génération artistique arrive justement sur la scène au moment justement où la chanson kabyle a failli, par faute du genre folklorique, sombré dans l’indigence la plus totale. En effet, au cours des décennies 1990 et 2000, le domaine culturel et musical kabyle a été envahi et violé par ce qu’il convient d’appeler « les histrions ». 
Des chansons étaient produites et diffusées en un laps de temps d’une semaine. Et dès lors, la verve poétique était remplacée par des fadaises et fariboles. La musique était limitée à un son produit par la derbouka, une guitare ou un mandole et un synthétiseur.

En l’absence d’une réelle politique culturelle et par faute des médias, lourds notamment, qui ont permis accès, sur tapis rouge, à leurs plateaux à ces histrions, fossoyeurs de l’art, la chanson et la musique kabyles à leur niveau le plus bas de leur histoire.

Heureusement que cette nouvelle vague de producteurs de la matière culturelle est arrivée à temps. Il est question justement dans ce présent article de Kamel Syamour, un jeune talent prometteur. Il a à son actif deux albums de onze chansons chacun. Le premier, intitulé « Machahou », est composé en 2010 et le second, intitulé « A dunit » doit sortir sur le marché français aujourd’hui. Il sera en vente en Algérie à partir du début de la semaine prochaine. C’est ce qu’a affirmé justement Kamel Syamour aujourd’hui à l’occasion d’une conférence de presse qu’il a animée au siège de l’école d’hôtellerie ECOMODE de Tizi-Ouzou.

A l’occasion de ce face à face avec la presse, l’artiste a évoqué son départ en France en 1999 « année, dit-il, où j’ai laissé mon pays dans une situation très difficile et qui, par conséquent, m’a terriblement bouleversé et meurtri dans ma chaire », son parcours artistique qui lui a permis de côtoyer des chanteurs et musiciens du monde entier, ses débuts difficiles car, contrairement aux autres qui ont trouvé sa musique « sublime » et que lui n’en était pas convaincu, sa persévérance à se perfectionner, son travail qui devait lui assurer une certaine rente d’argent pour pouvoir financer ses études universitaires, (…).

Les nombreux journalistes présents à ce rendez-vous n’ont pas manqué aussi de poser des questions pour lever un certain voile pesant sur la chanson kabyle ou tout simplement la réalité de chanson kabyle dont le baromètre de mesure est la scène internationale. Avec une franchise insoupçonnable, Kamel Syamour a déclaré que la chanson kabyle est inexistante sur la scène internationale. « Elle (chanson kabyle) arrive loin derrière le raï, affirme le conférencier avant d’ajouter que « même s’il est vrai que l’apport d’Idir est incontestable dans la chanson kabyle ».

Le conférencier note encore que c’est Paris, la capitale mondiale de l’art et la culture et, par conséquent, c’est dans la capitale française que sont exprimées les musiques du monde. « Hélas, la musique kabyle n’a jaimais eu droit de cité jusqu’à maintenant », regrette Kamel Syamour. A la question de savoir si Ferhat M’henni avait raison en déclarant dans une conférence de presse tenue également à Tizi-Ouzou que la musique universelle « n’existe pas en réalité », l’auteur de « Machahou » a refusé son adhésion à la thèse de Ferhat M’henni. « Je suis persuadé qu’en disant que la musique universelle n’existe pas, Ferhat M’henni a voulu traduire une idée particulière sur la musique, a signalé le conférencier avant d’ajouter : « je suis persuadé que Ferhat M’henni qui est un grand artiste sait parfaitement que la musique dite « universelle » est réelle ».

Comment se fait-il donc que la chanson kabyle soit confinée dans l’espace géographique de la Kabylie et comment faire pour lui arracher une place sur la scène internationale ? Kamel Syamour n’a pas eu besoin de réflexion pour donner sa réponse. « Il faut, dit-il, réunir autour d’un même espace, comme ça était le cas pour le raï, nos grands artistes et professionnels du domaine pour réfléchir en commun aux moyens de créer des mécanismes devant faire connaître la chanson et la musique kabyle ». Le conférencier a parlé d’un schéma incluant production, distribution et promotion du produit culturel. Autrement dit, l’extériorisation ou l’internationalisation d’un genre culturel ou artistique ne dépend pas seulement de sa qualité artistique mais aussi et peut surtout du moyen et la qualité de sa distribution.

« Hélas, regrette Kamel Syamour, dans notre communauté artistique kabyle, il y a le phénomène du leadership qui nous freine et qui, bien entendu, nous cause du tort ». le conférencier a avoué qu’il y a eu une tentative en France de mettre sur pied une dynamique de faire suivre à la chanson kabyle le même processus que celui du raï mais l’antagonisme a fait avorter le projet.

Abordant ensuite le volet portant sur la reprise de certains tubes à grands succès par certains chanteurs, Kamel Syamour a laissé entendre qu’il n’est pas prohibé de reprendre une chanson d’un autre mais à condition de ne pas renier sa paternité. « Il faut veiller, explique-t-il, à avertir l’auditeur que la chanson reprise a un paternel autre que celui qui l’a reprise ». « C’est non seulement une question d’honnêteté mais aussi la meilleure façon de garder son authenticité », explicite-t-il encore.

Le conférencier, dont la ressemblance est frappante avec le défunt acteur anglais, Michaël Caine est frappante, a évoqué beaucoup de thèmes ayant trait à la musique et l’art en général. En étant universitaire et s’étant investi dans le domaine de l’art, sa science en la matière est d’une richesse certaine. Notons enfin que toujours à l’occasion de cette rencontre, une projection d’un clip sur support vidéo a eu lieu sur les lieux mêmes de la conférence.

Les journalistes ont pu découvrir la célèbre chanson de feu Slimane Azem « A baba âyou (perroquet, mainate » version Kamel Syamour. La reprise a été parfaite sinon meilleure que l’originale. Et pourtant, les musiciens sont tous Européens. Le seul personnage qui n’est pas européen est le chanteur qui jouait au même temps du mandole, c’est-à-dire Kamel Syamour. En définitive, Kamel Syamour, qui est originaire d’Ath-Douala, est un artiste à découvrir.

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