Mohcine Belabbas (RCD) : «Boycotter, c’est se mobiliser pour rendre illégitime le scrutin»

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le 04.03.14 | 10h00 4 réactions

zoom | © photo : B. Souhil
 

 

– Votre parti a fait le choix de boycotter cette échéance. Quels sont les arguments qui conditionnent ce choix ?

 Compte tenu de la phase historique où va se dérouler ce vote, nous avons commencé à travailler sur les questions de fond et les aspects les plus immédiats depuis longtemps. Il y a 14 mois, le RCD a anticipé sur les événements en recommandant, dans la résolution de son conseil national, trois choses. La destitution de l’actuel chef de l’Etat dont l’exercice est réduit à gérer la dépense publique. Malheureusement celles et ceux qui crient au rejet du 4e mandat aujourd’hui, qui est une demande anticonstitutionnelle, n’ont pas daigné se prononcer alors sur une mesure constitutionnelle et salutaire. Nous avions également appelé à la dissolution de la police politique pour rompre avec les décisions qui se prennent dans l’ombre et venir à bout des pressions et répressions qui s’abattent sur la classe politique et la société civile, ce qui aboutit à une absence de lieu de médiation qui peut mener au pire.

Enfin, nous nous sommes prononcées pour la restitution du sigle FLN au peuple algérien, d’autant plus que ceux qui agissent en son nom le font illégalement, puisqu’ils violent l’article 6 de la loi organique sur les partis politiques qui stipule qu’aucune formation ne peut se doter des mêmes nom, sigle intégral ou autre signe distinctif appartenant à un parti ou organisation préexistants… Ce sont ces éléments qui rendent la crise institutionnelle et politique dans laquelle se débat notre pays intenable, voire fatale pour la cohésion nationale à terme. Pour éviter les improvisations actuelles, le RCD avait, en plus, soumis à un large débat une proposition de Constitution pour construire un consensus avec les différents acteurs politiques autour des conditions de l’exercice politique et du fonctionnement des institutions. Quant à la question du vote à proprement parler, nous avons fait une offre politique portant institution d’un organe de gestion des élections doté des prérogatives qui étaient jusque-là l’apanage du ministère de l’Intérieur dans l’organisation des scrutins. Contrairement à ce qui a été répondu, cette procédure est majoritaire dans le monde. Seuls 14% des pays s’en remettent de façon exclusive au ministère de l’Intérieur pour la gestion des élections. Cette pratique a d’ailleurs été adoptée récemment chez nos voisins, où personne ne conteste les résultats des votes. 

Telles sont les conditions qui nous ont paru nécessaires à une compétition équitable et loyale entre les différents acteurs politiques. Au lieu de cela, nous avons assisté à un squat des ministères en relation avec l’organisation des élections ainsi que la présidence du Conseil constitutionnel par les membres de la tribu du chef de l’Etat et l’implication, en toute illégalité, de l’ensemble des institutions de l’Etat au profit du président-candidat. Le DRS après avoir, un instant, tenté de préserver son monopole historique sur la scène nationale semble rentrer dans le rang. Sauf à prendre le risque de paraître participer pour donner un sursis au système ou être intéressé par des raisons moralement douteuses, le boycott s’impose de lui-même.

 – Vos adversaires jugent que boycotter l’élection présidentielle reviendrait à laisser la voie libre au candidat du système sans livrer bataille. Qu’en pensez-vous ?

 Nous n’avons pas la même conception de la «bataille». Pour eux, la bataille est synonyme de ralliement à travers une participation à une dispute, surenchère et marchandage sur des quotas de sièges au Parlement ou sur des promesses de portefeuilles ministériels en contrepartie d’un rôle à jouer dans une mise en scène théâtrale faisant office de parodie électorale.

La lutte politique, pour nous, est un combat de tous les jours pour l’accomplissement de principes et programme qui doivent être mis au service du développement du pays. Pour le RCD, une élection présidentielle est d’abord l’occasion pour le citoyen de faire des choix essentiels pour son pays sur la base de règles acceptées par tous, dans la transparence, afin de donner une légitimité populaire à ses dirigeants.

Oui, il y a une différence de taille entre ceux qui considèrent la responsabilité dans les institutions comme une finalité et ceux qui les conçoivent comme un moyen.

Ceux qui invitent à la fraude ont des ambitions personnelles. Nous, nous avons une ambition pour notre pays. Le boycott ce n’est pas seulement refuser de voter, c’est se mobiliser pour rendre illégitime un scrutin par tous les moyens pacifiques. Ce n’est pas parce que l’opposition est niée pendant la campagne qu’elle doit accepter l’abus et se rendre complice d’une mesure anticonstitutionnelle. 

– Plusieurs partis politiques et autres personnalités nationales convergent sur la nécessité de changer la nature du régime politique, mais divergent sur la stratégie. Pensez-vous qu’un compromis est possible et comment ?

Si vous permettez, nous allons préciser les choses. Il y a le système, le régime et le pouvoir. Changer le régime, composé des principaux bénéficiaires de la rente ou le pouvoir, c’est-à-dire les exécutants de la répartition clanique de la richesse du pays ne modifiera pas grand-chose. Nous sommes prêts à discuter avec tout le monde, mais il faut d’abord lever les malentendus. Pour nous, il ne s’agit pas de débattre actuellement de la nature du régime politique qui, d’ailleurs, renvoie plus à la forme d’organisation du pouvoir (régime parlementaire, régime présidentiel, régime autoritaire, régime monarchique…). L’objectif c’est de changer de système politique qui est à l’origine de l’impasse.

En d’autres termes, il est question de redéfinir les règles de l’exercice politique en général et de l’accès au pouvoir en particulier. Certains acteurs, pour l’essentiel faisant partie du personnel du sérail, plaident plutôt pour un reclassement clanique à l’intérieur du même système en préconisant un compromis entre ses différents segments.

Ce genre de compromis, pour ne pas dire compromission, a déjà été testé par le passé à plusieurs reprises. Il a permis l’allongement de la durée de vie du système au détriment des intérêts de la nation.

Hacen Ouali
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