Préservons la Kabylie !
 
jeudi 6 mars 2014
par Masin
 
 

Les luttes intestines des clans du pouvoir algérien ne concernent que le régime lui-même, ses supplétifs locaux et ses soutiens internationaux

Manifestation à Paris, Printemps 2002

En avril prochain, le régime algérien organise une nouvelle « élection » présidentielle. Le suspense est poignant. Non pas sur l’issue du « scrutin », ni qui sera le prochain président car le résultat est désormais scellé. Mais par les dégâts collatéraux habituels à ces occasions : c’est que la reconduite récurrente d’un régime anti-amazigh et égocentrique est inhérente aux coups tordus !
Les supplétifs et les renégats se mobilisent. Les Berbères (particulièrement les Kabyles) ne doivent ni s’immiscer ni être partie prenante de ces luttes claniques. Les mandats ne changent pas la nature du pouvoir !

Il est inutile de faire le bilan de ce régime tant il est calamiteux. Citons quelques points caractéristiques tout de même :

– Fuite à l’étranger de tous ceux qui l’ont pu : hommes, femmes, cadres et capitaux !
– Répression récurrente : politique, cultuelle, linguistique… Économique aussi : l’état de la Kabylie est éloquent à ce propos ;
– Instrumentalisation de la Kabylie, puis récemment du Mzab ;
– Aucun projet de développement durable, et ce malgré un excèdent faramineux des finances (200 milliards de dollars) ;
– Corruption érigée en système de gouvernance (l’État algérien obtient la note de 2,6/10, il est classé 88ème sur 133 pays au classement deTransparency International de 2013) ;
– Le régime s’enfonce dans l’arabisation et l’islamisation totales : c’est notamment là l’explication de la répression du Mzab ;
– Le régime s’avère plus ploutocratique que jamais. Il est seul, esseulé en interne et livré aux luttes intestines ;
– L’Amazighité souveraine et démocratique note bien ce que ce régime nous inflige. Voici quelques méfaits récents qui lui sont dus : l’Azawad torpillé, le Mzab instrumentalisé, Adrar n Infousen [1] saboté !

Le constat est éloquent. Le régime algérien exporte ses méthodes aux alentours. Mais en interne la dualité reste frappante.

En effet, le clan de Bouteflika est à l’ouvrage de sa survie dynastique alors que le clan du DRS [2] est à l’œuvre occulte ! 

Qu’est-ce qui se trame ?

Les luttes intestines s’exacerbent au sein du cercle des maîtres de l’Algérie (principalement le clan Bouteflika et le clan DRS). Elles s’enflamment et risquent de prendre un nouveau visage.
Deux titans s’affrontent pour une mainmise totale. Leur conflit n’est pas économique car ils contrôlent la rente pétrolière et dirigent l’économie parallèle. Il n’est pas idéologique non plus car ils font feu de tout bois. La seule chose qui les hante, l’un comme l’autre, est le pouvoir absolu.
Ils en ont l’outil : la violence.

Du premier clan : on y retrouve celui du « président » actuel qui brigue un quatrième mandat. S’il le termine (ce dont nous doutons au vu de sa décomposition physique et mentale), on se le sera coltiné pendant vingt ans. Toute une génération ! Sa mayonnaise englobe le FLN [3] et une partie importante des généraux. On peut ajouter, pour rappel, quelques satellites oppositionnels : renégats de tout bord et supplétifs, kabyles ou chaouis pour la plupart.

Le deuxième clan est constitué du DRS. Centre névralgique, il veut lui aussi tout le pouvoir. Il a à sa solde les journaux francophones « oppositionnels et se revendiquant très indépendants ». Il est illusoire pour tous de rappeler que ce clan fait preuve d’une grande capacité de nuisance et de manipulation.
Les exemples sont nombreux : Printemps Noir de Kabylie en 2001, événements récents de Tagherdayt (Ghardaïa) ou encore ceux d’In-Ideq (Borj Baji Mokhtar), le scandale Khalifa Banque qui impliqua les proches de Bouteflika, l’affaire Chakib Khellil, ex-ministre et grand ami du Sultan d’Alger, que la Constitution du régime appelle « Le président »…

Mais le clan du « président » n’est pas en reste sur les coups tordus. Les assassinats de Matoub Lounès, Boudiaf, les moines de Tibhirine ont été clairement attribués par lui au DRS.

Responsables et coupables, conjointement à vrai dire.

Maintenant des luttes à couteaux tirés s’annoncent de nouveau…
Le DRS sait que la Kabylie rejette profondément le régime en place. Et que ses jeunes sont sujets aux réactions. Le sous-développement dans lequel est volontairement maintenu la Kabylie – ainsi que d’autres régions amazighiphones – mène inexorablement à ce désir de s’extraire au fatras algérien.
Ce temps viendra inéluctablement. Mais en attendant…

Quels sont les enjeux ?

Deux clans mafieux au sommet s’apprêtent à en découdre. Celui du « président » bénéficie notamment du soutien (honteux du reste) de la France. La cause semble entendue, mais en interne les choses ne sont pas tout à fait jouées. Les récentes manifestations « anti-quatrième mandat » en sont la preuve. De nouveau nous reviennent ces vieilles images des « supplétifs »…

L’affrontement qui s’annonce et les heurts qui vont en découler doivent rester à l’intérieur de la sphère du régime. 

La Kabylie, toujours prompte aux réactions, doit comprendre que cet enjeu n’est pas le sien. Pour une fois elle pourra compter les points… si elle reste vigilante et hors des conflagrations claniques qui s’annoncent.
Une Kabylie orchestrée n’en sortira que meurtrie de nouveau. L’histoire regorge de tant d’exemples ! Le pouvoir entretient un contentieux vieux de plusieurs décennies avec la Kabylie, et celle-ci ne doit pas oublier que ce dernier œuvre pour annihiler son identité, sa langue, sa culture et son économie.

Par ailleurs, sa construction ou reconstruction n’émanera que d’elle-même et uniquement de sa propre ressource interne !

Au-delà de la Kabylie, ce jeu clanique ne concerne pas les Amazighs non plus. Il peut certes comme auparavant essayer de pervertir des éléments sincères. Mais, ces derniers sont à l’évidence avertis : ils ne sauraient goûter plusieurs fois le même plat empoisonné.

Que les « loups d’Alger » entre-tuent autour du mandat présidentiel ou du pouvoir !
Cela ne nous concerne pas !

Tamazgha, 

Paris, le 5 mars 2014

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