Le système tient-il encore le régime ?

Boualem KACHI pour Tamurt info

Quant à la Kabylie, elle ne
semble pas, à priori, engagée dans cette opposition au quatrième mandat,
mais reste déterminée à la remise en cause de la légitimité
institutionnelle et constitutionnelle de l’État algérien, en rejetant
purement et simplement toute élection. Elle est consciente que cela ne
changera absolument rien à la marginalisation, à l’oppression et au déni
identitaire dont elle a toujours fait l’objet.

13/03/2014 – 00:05 mis a jour le 12/03/2014 – 20:57 par

Boualem Kachi

A croire la candidature du chef de l’État sortant M. Bouteflika,
l’appareil du pouvoir en Algérie commence à être en panne d’idées et/ou
« d’hommes ». En effet, contrairement aux précédentes échéances, le
système ne fait pas face uniquement au problème de légitimité
constitutionnelle, après la violation de la constitution en 2008, ou au
problème de légitimité politique après les récents événements qui ont
secoué la région et le monde d’une façon générale. C’est un contexte
assez original dans l’histoire de l’Algérie. N’étant même pas capable
d’être candidat comment Bouteflika va-t-il-pouvoir être président ?
Sont-ils tous vraiment dans l’embarras pour en arriver là ?


Quelque soit la réponse à apporter, il ne s’agit bien entendu que
d’une question de forme. Le fond est tout autre, puisque avec toutes les
manigances du système, il n y aura aucune nouveauté dans l’horizon.
Tous les paramètres sont réunis pour plébisciter ce fantôme ou un autre
sous l’œil bienveillant des clients du pouvoir et de la main tendue de
l’occident. Hamrouche qui a espéré le remplacer a bien compris que
l’histoire se répète.


Certes, la caste au pouvoir se trouve en grande difficulté, elle a
du mal à faire avaler la pilule, mais elle essaye tant bien que mal de
le faire. Entre temps, les gens se demandent, face à la masse de rumeurs
quotidiennes, de savoir « est-ce que le président est otage du pouvoir
ou est-ce le pouvoir qui est l’otage du président ? ». En réalité, il
importe peu qu’il soit candidat de son plein gré ou qu’il soit forcé de
l’être et/ou qu’il ne soit même pas au courant qu’il est candidat.


Faut-il alors scander « non au quantième mandat ? »

Prendre un tel risque en présentant un cadavre à l’opinion nationale
et internationale pour conduire un pays en ruine encore 5 ans, cache
forcement un piège. Un piège qui manque d’intelligence, on le dit
d’ailleurs en kabyle « Tiherci Snen ak meden Tti3uguent », la ruse
connue de tous est une imbécilité. C’est pourquoi, sortir dans la rue
pour refuser la quatrième mandature c’est cautionner la continuité du
système et reconnaitre en amont la légitimité des élections en l’absence
de Bouteflika. Or, sans ou avec celui-ci, les cartes sont jouées
d’avances et chaque participation aux élections en renforce la
légitimité.


Il est tout de même d’une naïveté politique flagrante que de
s’opposer par principe au quatrième mandat et demander au même système
une tête de rechange. Est-on entrain de s’enfoncer encore dans un
sommeil politique profond ?. En effet, cette stratégie du pouvoir risque
d’être à double tranchant, la première est « passez y a rien à voir »
le temps de préparer un autre scénario, la deuxième est menaçante,
« nous sommes prêts à toute éventualité », et par conséquent, « nous
restons là ».


En réalité, il y a erreur politique dans la stratégie des meneurs de
ce slogan, très mal adapté. L’image qu’ils renvoient et celle de groupes
de citoyens éparpillés, abusés uniquement par la candidature de trop,
et qui ne remettent pas en cause l’essence même du pouvoir algérien et
ses mascarades électorales à répétition. Supposant donc qu’on fasse
éjecter Bouteflika de la course pour une raison quelconque, que
demande-t-on de plus ? Rien ! Le retour à la normale, après l’épuisement
des énergies et le discrédit de l’opposition dans un combat flou. De
plus, rester dans cette posture donne un argument de taille aux relais
de l’appareil en place « Vous l’empêchez de se présenter alors que la
constitution le lui permet, vous n’êtes donc pas démocrates » Il n y a
face à cet argument, que les gens avertis qui puissent se rappeler de la
violation de la constitution pour le contrecarrer, pour les autres, il
devrait avoir pleinement le droit de se présenter.


Oui, parmi les porteurs de ce slogan, il y a certainement des gens
sincères épris de justice et de liberté. Des gens humiliés par le
porterait que donne le pouvoir à l’Algérie à travers le monde. Mais
encore une fois, le moment et le slogan choisis ne semblent pas
vraiment dans le bon timing. Car, la grande humiliation politique et
celle de la violation de la constitution en 2008, après l’augmentation
colossale des primes des députés pour asseoir une présidence à vie à
Bouteflika ou à Bouteflika Bis, l’important et qu’il provienne du
sérail. Ce n’est peut être pas trop tard pour agir, mais il vaut mieux
bien agir.


Qu’en est-il de la Kabylie ?

Connue des laboratoires des services comme l’avant-garde de toutes
les luttes politiques en Algérie, la Kabylie a fait sa première sortie
dès le lendemain de l’indépendance, en 1963, pour combattre le régime
d’alors qui est encore celui d’aujourd’hui.

Celle-ci dispose donc d’une expérience significative, de par sa
conscience collective, lui permettant de déjouer toute tentative
politique et politicienne.


Pour cette fois, le premier signal a été d’ailleurs envoyé par les
services du DRS à certains quotidiens nationaux pour leur demander de ne
pas citer le sigle du MAK ou parler de ses dirigeants, mêmes pour les
critiquer. Que cela cache-il ? Est-il la première force politique en
Kabylie ? A voir le silence du FFS, plus vieux parti d’opposition et la
coalition du RCD avec les islamistes, la réponse parait évidente, même
si la position de ce dernier s’inscrit dans une logique plus cohérente, à
savoir laisser Bouteflika seul conquérant et sans concourant. Sauf que
des candidats, il y en aura toujours, tant que les robinets du trésor
public restent grands ouverts.


Quant à la Kabylie, elle ne semble pas, à priori, engagée dans cette
opposition au quatrième mandat, mais reste déterminée à la remise en
cause de la légitimité institutionnelle et constitutionnelle de l’État
algérien, en rejetant purement et simplement toute élection. Elle est
consciente que cela ne changera absolument rien à la marginalisation, à
l’oppression et au déni identitaire dont elle a toujours fait l’objet.


La tentative de diversion à laquelle nous venons d’assister récemment à Vgayet,
nous renseigne sur l’intention de l’armée à remettre le feu en Kabylie.
C’est un terrain d’expérimentation idéal pour tester une fois de plus
l’indifférence totale du reste de l’Algérie. Comme c’est le cas
également à Ghardaia, où nous avons vu le lynchage et les assassinats
des mozabites en temps réel, sans que l’écho dépasse les collines de la
Kabylie qui s’est montrée indéfectiblement solidaire.

Mais le constat actuel reste que Bouteflika, son gouvernement et ses
serviteurs tiennent le rythme, tout se déroule dans les meilleurs
conditions qui soient : dépôt du dossier de candidature auprès du
conseil constitutionnel, présence assurée de certains lièvres pour
légitimer la course et affaiblissement de toutes les voix opposantes,
que l’on oubliera quelques semaines après l’annonce des résultats.
S’agissant du retrait de certaines candidatures mêmes jugées « de
poids », il ne doit nullement en être affecté, ayant déjà endossé une
telle humiliation en 1999.


Au final, rejeter uniquement et littéralement le quatrième mandat,
c’est essayer de traiter les symptômes tout en passant à cotés des
causes réelles et donc du remède.


La Kabylie n’a pas pour habitude de s’associer avec les loups, elle
ne doit donc pas être un obstacle face à ces contestataires mais son
combat n’est pas vraiment le même. N’ayant reconnu aucune élection
depuis l’indépendance de l’Algérie. Les taux de participations n’ont
jamais dépassé le nombre des relais locaux.


Boualem KACHI

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