24/04/2014 – 16:00 par SIWEL – Agence kabyle d’information
 

PARIS (SIWEL) — Dans une interview accordée au journal Tamurt, M. Nafa Kirèche, ministre du Gouvernement provisoire kabyle, est revenu sur les grandioses marches du 20 avril qui ont été organisées par le Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK).

M. Kirèche, vous êtes Ministre au sein du Gouvernement provisoire kabyle, vous avez participé au rassemblement qui a eu lieu au Trocadero pour la double commémoration du 20 avril. Qu’en retenez vous ? 

La formidable mobilisation ! Les kabyles de France ont répondu présent, poussés par leur attachement à l’identité kabyle mais également par la colère de la mascarade présidentielle et la répression des marches en Kabylie. Les kabyles, qui ont été tentés par la résignation, supportent de moins en moins cette situation. Ferhat Mehenni a rappelé l’importance de la date du 20 avril, un repère essentiel. Mais nous avons aussi insisté sur la solidarité avec les autres peuples amazighes d’Algérie et d’ailleurs. La présence des leaders mozabite et chaoui vient montrer qu’un nouveau chemin, celui de la liberté des peuples, vient de s’ouvrir. 

Justement, la marche de Tizi-Ouzou a été interdite et violemment réprimée par la police algérienne… 

Les images qui circulent concernant l’attitude des forces de sécurité algériennes contre le peuple kabyle sont terrifiantes et révoltantes. Qui peut aujourd’hui douter qu’on est, en Kabylie, en présence d’une force ennemie d’occupation, d’un régime colonial ? Plus personne. Ce pouvoir est d’essence fasciste. Il n’y a pas plus aveugle que celui qui ne veut pas voir ! 

Je pense même que les Kabyles qui défendent encore l’option « algérianiste » se refusent à regarder ces images d’un autre âge afin de ne pas voir leur « fierté d’Algérien » en prendre pour son grade. Ce qui s’est passé est un tournant dans l’histoire de la Kabylie. 

A ce titre, je dénonce avec vigueur l’infâme communiqué du FFS, qui n’a condamné les agissements de la police que parce que « cela faisait le jeu d’extrémistes en tout genre ! ». C’est terrible ! Cela veut dire que pour eux ce n’est pas le régime qui est extrémiste mais ses opposants et en particuliers les patriotes kabyles ! C’est à vomir ! Les seuls interlocuteurs que le FFS considère comme raisonnables sont les islamistes et le pouvoir lui-même ! C’est à dire les massacreurs de femmes et d’enfants et d’ignobles corrompus qui sont prêts à tuer leurs parents pour garder le pouvoir et l’argent ! 

D’anciens animateurs du printemps berbère d’avril 1980 et du MCB avaient également appelé à une marche, en même temps que celle du MAK. Cela augure-t-il d’une future unité du mouvement kabyle ? 

Notre seule aspiration et notre seul mot d’ordre sont l’autodétermination de la Kabylie. Toute organisation qui s’oppose à cela n’a rien à faire aux côtés du MAK. L’officialisation de Tamazight par le régime algérien, c’est le dernier de nos soucis, et le dernier des soucis du peuple kabyle. Nous avons répété maintes fois que jamais plus nous ne quémanderons quoi que ce soit à un régime illégitime et fasciste. A fortiori le droit d’être nous-mêmes. La seule négociation que nous mènerons sera celle qui définira les conditions de l’accession de la Kabylie à son autodétermination. Nous sommes solidaires des autres peuples amazighs, nous souhaitons qu’ils suivent le même chemin que la Kabylie. Mais pour nous, la Kabylie algérienne c’est déjà de l’histoire ancienne. La Kabylie sera kabyle ou ne sera pas. 

Nous ne partageons pas les options de certains anciens militants de la cause amazighe, du RCD et du FFS. Ils ont des points communs entre eux mais aucun avec nous. Libre à eux de défendre leurs options. Pour ma part, désormais, je suis un étranger quand je suis en Algérie. 

En tout état de cause, ces sigles n’ont appelé du bout des lèvres à la marche du 20 avril que pour mieux servir de prête-noms à une marche à laquelle la Kabylie n’aurait jamais adhéré de manière aussi massive s’il n’y avait pas derrière elle l’appel du MAK et celui du Gouvernement Provisoire Kabyle. 

Le MAK, par la voix de son président Bouaziz Ait-Chebib, a décidé de riposter par une marche contre la répression le 27 avril 2014 à Tizi-Ouzou. Est-ce la réponse appropriée ? 

C’est une excellente réponse, cet épisode ne peut rester sans suite. Nous interdire de marcher chez nous, c’est attenter à notre liberté, c’est une insupportable provocation. La Kabylie en a assez de se faire dicter ce qu’elle doit faire par les voyous qui sont au pouvoir. Il faut faire comprendre aux gens qui gouvernent, ainsi qu’à leurs agents de répression, que la Kabylie, ce n’est pas n’importe où. Ils n’y sont pas chez eux. La Kabylie appartient au peuple kabyle et à personne d’autre. 

J’appelle tous les Kabyles à aller marcher à Tizi-ouzou ce dimanche 27 avril. Cette date est déjà inscrite en lettres de sang dans notre histoire. En effet, après l’assassinat de Guermah Massinissa le 18 avril 2001, c’est le 27 avril que l’ordre de tirer sur nos enfants fut donné. Nous en connaissons le macabre bilan. C’est cette même date qui, étrangement vient d’être choisi par le plus grand ennemi de la Kabylie pour se faire ré-introniser comme président de l’Algérie. Il veut souiller le sang de nos héros. La Kabylie lui montrera ainsi qu’il peut présider le monde entier, mais jamais la Kabylie

Publicités