samedi 7 juin 2014

L’origine amazighe des prénoms Lilla, Selyan, Selyouna

 

L’origine amazighe des prénoms Lilla, Selyan, Selyouna

Ces prénoms sont tous d’origine berbère. Ils sont redevables de la racine “LL” qui signifie “eau”. Commençons par le prénom féminin Lilla, qui est en usage chez les Touareg. On le retrouve également dans les régions du Nord, mais c’est un emprunt aux noms européens, lila, la fleur. Deux divinités berbères portent ce nom : Liléo, attesté à Madaouros (act. Mdaourouche) et Thililua à Magifa (act. Ksar El-Boum, non loin de Tébessa). La racine “LL” est en rapport avec l’eau : ainsi “lil” (être rincé, être passé à l’eau), slil (rincer, par ext. purifier – Maroc central, Kabylie), “ilel” (mer – Nefoussi, en Libye), “silel” (mirage – Touareg). On a aussi tala “source” dans plusieurs dialectes. Le nom Seylalan, attesté au Moyen Age, “étant purifié” ; forme adjectivale possible : aslilan. A partir de cette forme, on trouve Selyan, féminin Selyouna, prénom figurant dans la nouvelle nomenclature des prénoms amazighs.

La source et, d’une façon générale, les points et les cours d’eaux ont toujours revêtu un caractère sacré : à une époque ancienne, ils étaient consacrés à des dieux, aujourd’hui, on les considère comme le refuge de puissances invisibles, génies ou saints. La tradition attribue l’existence de nombreuses sources à l’action miraculeuse des saints. Ainsi, la légende dit que c’est Sidi Slimane, venu d’Egypte, qui a fait jaillir la source de Beni Abbès, au pied de la colline de Hamama.

Il n’y avait pas d’eau à cet endroit, mais le saint homme avait ordonné de ne retirer son bâton planté qu’après sa mort. Celle-ci est survenue trois jours après. On a enlevé le bâton et l’eau s’est mise à sourdre. Dans le sanctuaire de Wedris (Kabylie), il existe une source appelée Ta’wint n Wedris, la fontaine de Wedris ou plutôt le bassin de Wedris, alimentée par la source qui y écoule. Selon la légende, il n’y avait pas de source à cet endroit, c’est le saint qui l’a fait jaillir en frappant le sol de son bâton. Les femmes y pratiquent le rite d’aqesem ou formulations des vœux, en jetant chacune une pièce de monnaie. S’il se forme des bulles sur la surface de l’eau, c’est que le saint va exaucer le vœu et l’heureuse pèlerine pousse des youyous.

S’il ne se produit rien, la femme jette une autre pièce, puis d’autres jusqu’à ce que le vœu soit accepté. Au 11e siècle, El-Bekri signale, dans la ville de Mila, dans l’Est algérien, une source appelée Aïn El-Ḥomma (la source de la Fièvre), dont “les eaux, appliquées par aspersion sur le corps d’un fiévreux, lui rendent la santé, grâce à la bénédiction divine et à leur extrême fraîcheur”.

Hassan HADDOUCHE
mahaddadou@hotmail.com

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