lundi 19 janvier 2015

Illoula Oumalou : Une rencontre-débat a été organisée avant-hier sur le sujet

Plaidoyer pour la remise en valeur de Thadjmaâth

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La coordination des associations d’Illoula Oumalou, en collaboration avec l’APC de la commune, a organisé, avant-hier, samedi, une rencontre-débat universitaire sur l’institution villageoise «Thadjmaâth» au CEM Hadjem Mohand Ouidir.
Ont animé cette rencontre plusieurs professeurs universitaires, à l’image du socio-anthropologue Kenzi Azeddine, les chercheurs universitaires Salhi Karim,Tayeb Mohand Larbi, Hamoum Arezki et Said Allam. Les interventions de Moussouni Akli, économiste et expert en développement local, et de Rachid Oulebsir, penseur et écrivain Kabyle, ont aussi enrichi l’analyse de la thématique. L’événement a eu lieu en présence du P/APC, des associations et assemblées villageoises venues de Béjaïa et de Tizi-Ouzou. La rencontre était en fait l’occasion d’analyser le sujet de Thadjmaâth dans toutes ses démentions, sociale, culturelle, juridique et environnementale, en plus du fait qu’elle est une ossature du développement local, organisation qui peut aider à défier la mondialisation et les changements. Thadjmaâth, appelée institution ou organisation villageoise, est un droit coutumier, l’une des composantes principales de tout village kabyle. Qui dit Tadjmaâth dit village ; son lieu est souvent au centre. Elle est l’endroit de transmission de connaissances, d’éducation, de loyauté, de solidarité, de sagesse et de justice. Un lieu où se rendaient les citoyens pour réclamer, régler les conflits et gérer leurs différentes affaires. Le comité de village est la présentation concrète de Thadjmaâth ; il est constitué d’un groupe de personnes que les citoyens ont choisis et les principaux représentants doivent être responsables, sereins, objectifs, clairvoyants et neutres, et ce, de façon à ce qu’ils soient efficaces pour que l’organisation puisse gérer les soucis quotidiens et être la courroie de transmission entre l’administration et les villageois. «Thadjmaâth est à trois niveaux. Ils commencent de l’organisation du village, puis celle de la tribu (plusieurs villages) et enfin la plus grande qui s’appelle thakbilth qui sort de la région ; chose qui a été interdite par le colonialisme, qui n’a toléré Thadjmaâth du village qu’après revendications des citoyens », expliquera M. Kenzi Azeddine. En plus du rôle qu’elle joue en tissant la cohésion sociale, Thadjmaâth est le gendarme de tout un chacun. Dans tous les villages kabyles, on trouve des disciplines à enseigner aux enfants oralement, des interdictions, des lois à ne jamais transgresser, comme l’absence au volontariat du vendredi. On leur interdit également les vols, les insultes,… Le non respect de ces lois suscite des sanctions par degré de la gravité de l’acte, passant d’un avertissement verbal, à une pénalité (amende) jusqu’à la mise en quarantaine de la personne (lui enlever son appartenance au village). «L’organisation villageoise règle à ce jour les crimes de sang, et c’était grâce aux réunions qu’on maintenait qu’on arrête le processus de vengeance», analyse Rachid Oulebsir. Malgré leur absence physique à Thadjmaath, les femmes, avec tout leur savoir-faire et leur capacité de mémoriser, participaient à l’instauration des lois, donnaient leurs analyses sur tout ce qui se passe au village ; en d’autres termes, elles contribuent à la formule des décisions. En outre, le volet environnement avait et a toujours une place très importante dans le programme du comite de village. Parmi les obligations du villageois figure le devoir de protéger les lieux, en interdisant le jet de tout déchet. Ainsi, a été fait instinctivement le compostage des déchets ménagers. Au conseil de Thadjmaath, on organise aussi un volontariat chaque vendredi auquel participent tous ceux qui ont dix-huit ans et plus. Les Kabyles produisaient eux- mêmes leurs sachets, mais pas en plastiques ; l’eau est sacrée, on n’a pas le droit de le gaspiller sinon on sera sanctionné. «Aucun développement ne peut se faire sans Tadjmaath, qui est l’intermédiaire entre l’Etat et le citoyen. Protéger l’environnement est une chaîne qui débute du village à la commune pour arriver à tout le pays», insiste M. Hamoum Arezki. Les prérogatives et fonctions de Thadjmaath ont subi des changements, mais celles-ci peuvent être ressaisies en protégeant le patrimoine matériel et immatériel kabyle, et ce, par l’intermédiaire de Timouchouha, théâtre, chants, célébration des fêtes rituelles comme yennayer et la réhabilitation du savoir-faire de l’artisanat. Chose qui peut se faire avec l’aide du mouvement associatif, selon M. Oulebsir Rachid. Le débat était ouvert aux représentants des associations et comités de villages qui ont souhaité que cet événement soit le début de la remise en valeur de Thadjmaath. Ils ont ainsi illustré des villages où cette organisation traditionnelle est efficace ; ils ont souhaité les prendre comme modèles dans le but d’avancer. Rendre à l’organisation villageoise ses fonctions et sa valeur veut dire aussi faire face à la mondialisation et ses mauvais effets, «reproduire» des générations positives et productives, savoir exploiter les nouvelles technologies,… «Aucun développement ne peut se faire sans Tadjmaath ; nous devons mettre en valeurs nos produits locaux, nous devons produire pour aller vers une auto suffisance alimentaire du pays», estime M. Moussouni Akli.
Fatima Ameziane


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