Et maintenant ? On vote en faveur de la création d’un Etat Kabyle ?

kabile2
Shira
SHIRA

La cohérence est une valeur qui se perd mais qui accroît le pouvoir et la crédibilité de celui qui la cultive. Rien que pour ça, même les membres de la classe politique française les moins concernés par cette vertu devraient y réfléchir. Les parlementaires français ont récemment décidé de reconnaître, avec une soudaineté surprenante, la Palestine.

Je ne m’appesantirai pas sur le sujet, puisque tout a déjà été dit. Je ne passerai pas plusieurs paragraphes à rappeler l’évidence, à savoir que cette décision ne reflète que l’amateurisme de ceux qui l’ont prise, sans même qu’une paix entre les deux protagonistes ne soit signée.

Alors même qu’une organisation terroriste dirige en partie l’entité concernée, tue des civils israéliens à dessein (ou tente de le faire), envisage la violence et la haine comme seule option et feint de s’étonner de l’absence à ce jour d’état palestinien.
Alors même qu’il existe des Palestiniens démocrates qui savent, pour le vivre, que le Hamas et sa violence monomaniaque sont les seuls responsables de l’état dans lequel ils se trouvent : le chaos. Des individus palestiniens avides de dialogue et de mains tendues qui essaient de lutter contre les extrémistes et qui attendent de l’aide de l’Occident ; et celui-ci, la Suède en tête, vient bravement cautionner ceux qui les plongent dans le malheur et les utilisent comme boucliers humains.
Et pendant qu’ils s’évertuent à se débarrasser du Hamas et autres fanatiques de la kalachnikov, les stupides « Free Palestine » d’Européens viennent leur couper l’herbe sous le pied, et aider au maintien en place du Hamas. Si le bien-être du peuple palestinien est véritablement leur souci, le sens de leur engagement devrait être orienté en conséquence.

Ainsi, que pensent à présent les parlementaires que nous avons élus d’un peu de…Cohérence ? Je suis française. Néanmoins, de mon petit coin du monde éloigné des tumultes hexagonaux, je n’en garde pas moins de la tendresse, légitime, pour les origines qui sont les miennes. Et je crains que la décision du parlement français de reconnaître la Palestine ne le contraigne à en faire de même avec les autres. Le temps est vraisemblablement venu de reconnaître le MAK et la Kabylie, et rien ne pourrait justifier que ce ne soit pas le cas. Le Mouvement pour l’Autodétermination de la Kabylie vise en effet depuis plusieurs années, de façon pacifique, à ce que les Kabyles puissent disposer d’eux-mêmes.

Tous les paramètres à la constitution d’une nation sont évidents dans le cas de la Kabylie. Il s’agit d’un peuple séculaire ayant sa propre langue, de la famille des peuples berbères, habitants originels de l’Afrique du Nord avant l’invasion arabo-musulmane. Des berbères constitués en royaumes bien avant cette invasion : on ne citera que le roi Massinissa né en 238 av. JC, bien connu de tous les latinistes, le roi Jugurtha ou la reine Kahina, reine juive selon certains historiens qui au terme d’une résistance de 16 ans face aux Arabes fut vaincue en 702 à Tabarqa. Des liens avec l’Empire Romain et le christianisme aussi, qui viennent si besoin étayer la réalité de l’identité culturelle distincte des Berbères en Afrique du Nord. Des liens plus qu’étroits lorsqu’on se rappelle que ces derniers donnèrent plusieurs papes (Victor, Gélase, ou Miltiade), de nombreux saints (dont le plus célèbre d’entre eux, Saint Augustin), 1 empereur à Rome – Septime Sévère – et portaient des noms latins. Des noms latins qu’ils conservèrent jusqu’en 1881, date à laquelle leurs noms furent arabisés en vertu du Code de l’Indigénat, imposé par la France en Algérie. Les travaux de plusieurs chercheurs ont ainsi déterminé de source sûre que plus des trois quarts des Kabyles d’aujourd’hui ne portent pas leurs véritables noms1.

Ce tour d’horizon très raccourci n’a pas pour vocation d’être une tirade de nationalisme exacerbé. Elle ne fait que confirmer en toute humilité que la culture et la riche histoire du vieux peuple berbère, et ici du peuple kabyle, en font un des protagonistes majeurs de la grande et riche culture méditerranéenne. Elle ne fait que confirmer que la volonté des Kabyles contemporains de retrouver toute leur place et leur aspiration à l’autodétermination sont légitimes et même logiques. Cette volonté ne doit pas être interprétée par les Algériens non-berbères comme une marque d’hostilité ; les Kabyles ont vécu à leurs côtés pendant des siècles, ont fait l’objet d’apports de la culture musulmane, comme du christianisme et du judaïsme. Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Il ne s’agit que de ça. Les Algériens sont bien placés pour savoir que l’on s’honore d’honorer ce droit sacré. Et il est possible de revendiquer ce droit sans haine, et sans inimitié pour quiconque.

Il ne s’agit pas de la plus aisée des causes. Mais les Kabyles disposent aujourd’hui d’une diaspora aux 4 coins du monde, en plus des 7 millions de Kabyles en Kabylie, qui contribuera à cette cause. Qui contribuera aux efforts de Ferhat Mehenni, dirigeant actuel du MAK, pour faire de la Kabylie une terre de démocratie, de liberté pour tous et de tolérance envers tous sans aucune distinction. J’ai bien dit, AUCUNE distinction. Le fait que l’Algérie d’aujourd’hui refuse par exemple aux citoyens détenant un passeport israélien l’entrée sur le territoire est ni plus ni moins une honte. Une honte égale au préjudice que peut représenter le fait d’empêcher une personne de marcher sur la terre de ses racines. La présence des juifs berbères est attestée en Kabylie depuis des siècles, et la possibilité de voyager vers la terre où tant de leurs ancêtres ont vécu est un droit élémentaire dont ils ont été privés. Ces propos qui ne se veulent pourtant porteurs que d’un souci de justice provoqueront sans doute des soubresauts du côté d’Alger que j’imagine…En réalité, ces soubresauts ne me dérangent pas. Ils me ravissent.

Une diaspora qui rend maintenant vaine toute velléité de suppression physique des Kabyles en Kabylie comme ce fut lors du Printemps Noir de 2001 et les 126 morts. Une diaspora qui s’est déjà illustrée à travers des personnalités d’origine ou en partie d’origine kabyle, Edith Piaf, Isabelle Adjani, Daniel Prévost, et pour les plus jeunes générations…Z.Zidane, le Comte de Bouderbala (un peu de légèreté ne peut pas faire de mal…) et d’autres. Toutes ces affirmations peuvent bien entendu être vérifiées, et la liste est non-exhaustive.

Alors, si l’amitié envers la Kabylie, pour un mouvement qui – lui – souhaite l’autodétermination par des moyens pacifiques et sans assassiner quiconque, si la passion de l’Histoire et des Peuples, ou même le cynisme (les Français d’origine kabyle représentent entre 600 000 et 800 000 personnes) ne vous y incitent pas, chers élus, pensez cohérence. Vous avez ouvert la boîte de Pandore.


Publicités